L’image perspective à la main : archaïsme ou caprice ?

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Plutôt un choix de ma part, non par incapacité à m’adapter à un outil infographique moderne dont j’ai suivi les balbutiements depuis l’Ecole, mais par amour d’une technique artisanale, rigoureuse et généreuse, qui multiplie à l’infini les vibrations générées par des outils imparfaits, et sert l’approche intuitive du regard d’un peintre.

Selon moi, la fulgurante évolution de l’image infographique a eu deux conséquences majeures :

  • Tout d’abord, elle a permis aux concepteurs et commanditaires de visualiser leurs projets d’architecture en cours de création avec une facilité et un réalisme de plus en plus stupéfiants. Par là même, la production d’images a explosé ; la demande toujours plus grande a stimulé les vocations d’illustrateurs et l’ingéniosité des créateurs de logiciels devant ce nouveau marché. L’image perspective, jusqu’alors réservée aux « grands projets », s’est démocratisée.
  • Paradoxalement, et c’est là l’autre conséquence, ces nouveaux outils ont contribué à banaliser la représentation de l’architecture : toujours plus de réalisme pour des créations, il est vrai, de plus en plus complexes, où l’ordinateur prenait très justement sa place. Mais, comme la photo à ses débuts, la magie de l’outil prend parfois le pas sur le sens, le concept, la poétique. Les bibliothèques de personnages, d’arbres, de mobilier se garnissent et viennent parfaire autant d’images bientôt identiques. L’informatique qui – paraît-il – ne triche pas, produit alors de belles cartes postales d’une architecture figée, idéale. Une vampe sur papier glacé !

C’est une évolution logique qui va de paire avec la progression, dans notre société, de l’information et de la place qu’y a prise l’image.

Pour autant, sans en nier les qualités évidentes de communication, je ne pense pas que la vocation de l’image d’architecture soit d’aboutir à l’hyperréalisme. J’en veux pour signe la recherche constante des infographes à pouvoir imiter le rendu d’une aquarelle, d’une craie, obtenir un effet « sketch » avec de factices traits de construction pour simuler une esquisse de travail. Et aussi toutes ces images sensibles, il y en beaucoup, sorties elles aussi d’un ordinateur par quelque génial peintre numérique, et qui rappellent aux surdoués du clavier et de la souris que l’outil ne fait pas tout. Il ne suffit pas « d’appuyer sur un bouton » pour obtenir une image qui ait de l’épaisseur.

Je crois que la vertu première d’un concours d’architecture est de laisser de l’espace. Espace pour le temps, l’atermoiement, le rêve, le remords, la maturité. Après, il est trop tard ! Une fois le processus enclenché, il est très difficile de revenir en arrière. Alors, pour rassurantes que soient les images hyperréalistes, elles peuvent être aussi un réel handicap, une grenade qu’on ne peut re-goupiller. Si le reproche que l’ont fait souvent à l’image artistique est de « mener les gens en bateau », celui que je fais à l’image « réaliste » est de fermer trop de ports.

L’image perspective à la main : archaïsme ou caprice ? Au-delà du choix de l’outil qui ne préjuge pas forcément de la qualité du graphiste, c’est le regard du peintre qui fait l’esprit d’une image. Aujourd’hui, peu d’infographes savent peindre, c'est-à-dire regarder, s’émerveiller, risquer, émouvoir ; le leur a t’on jamais appris?

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