Dans ce paragraphe, je vais vous présenter ma technique de travail de peintre sur un exemple de projet d’hippodrome à Chatelaillon, projet lauréat de l’architecte Claude PENLOUP.
L’équipe avait déjà un modèle 3D et m’a envoyé toute une série de vues sommaires très diverses. Après discussion et ajustements, nous nous sommes mis d’accord sur l’angle que voici :
Étape 1
Le premier travail consiste à choisir le papier – assez fort – et le format qui doit permettre assez de détails sans s’épuiser sur un « drap de lit ». Ici, j’ai opté pour un format d’image de 52x26cm sur un papier « éléphant » gris de 70x50cm.
Après avoir marouflé le papier sur un carton, je fixe le tout solidement sur ma table à dessin ; sans cela, l’eau risquerait de tout faire gondoler dès le
premier coup de pinceau. C’est un accident qui peut arriver malgré tous ces soins…
L’épure de la perspective est reportée au carbone blanc (utilisé par les tailleurs ; cette dénomination « carbone blanc » m’a toujours fait sourire).
La tasse de café (à droite) est à portée de main. Le travail de peinture peut commencer.
Étape 2
Avec une brosse large, parfois une éponge, j’esquisse le ciel. C’est pour moi une étape très importante, la base de la mise en scène du projet. Pour pouvoir mettre en valeur ce bâtiment très transparent, j’ai besoin d’une lumière assez basse et qui viendrait de derrière, à droite du dessin. L’orientation du plan masse me permet d’opter pour
une lumière automnale, de fin d’après-midi. J’imprime aussi un mouvement qui évoque des vagues, une métaphore du galop des chevaux (même si ce sont ici des trotteurs !). Je dois dès le début avoir une vision assez précise de ce que je veux obtenir pour que la lumière et la poétique restent cohérentes jusqu’au bout.
Étape 3
Avec un pinceau fin, je viens, par petites touches, renforcer le contraste des nuages. En même temps, je précise les contours du bâtiment.
Étape 4
Je pose rapidement l’ocre rouge de la piste pour équilibrer mon image, et commence par le paysage.
Étape 5
Les écuries, en fond de perspective, permettront de prolonger le regard. Je les insère dans la végétation évoquée assez minutieusement.
Étape 6
Pour mon premier plan, j’ai de la documentation fournie par mon client. Je fouille aussi dans ma bibliothèque (conséquente) et complète en surfant sur l’Internet. Muni de toutes ces photos, j’esquisse un groupe de trotteurs sur la gauche de la perspective.
Étape 7
Je pose les premiers détails des tribunes et le trait vert du gazon qui vient donner la dynamique à l’image.
Étape 8
Les volumes vitrés sont exprimés. Il est parfois difficile de ne pas se perdre dans la lecture de l’architecture. J’agis donc souvent par couches successives.
Étape 9
Tout en continuant à construire le bâtiment, je réajuste l’environnement arboré pour intégrer le projet dans la composition et lui permettre de se détacher du ciel. Je pose aussi ce que j’appelle « l’animation », c'est-à-dire la foule, les plans intermédiaires, les édicules annexes, etc.
Étape 10
Les personnages sont juste esquissés au crayon. Ils participent à la mise en scène et donnent l’échelle. Les arbres que l’on aperçoit au fond permettent d’asseoir le projet.
Étape 11
Les spectateurs, dans les gradins, sont évoqués par taches. Plus haut, ils informent sur l’existence d’un autre espace à l’arrière. Sans eux, on ne pourrait le deviner.
Étape 12
Je travaille mes trotteurs au crayon avec quelques rehauts de jaune clair. Je donne aussi un peu de consistance à la piste pour donner du grain à la lumière.
Étape 13
L’image a maintenant « basculé ». C’est une expression qu’utilisait Louis Auger, mon Maître pour dire que l’essentiel était là, qu’à partir de maintenant le reste n’était qu’une question d’heures et de travail. La création d’une image est toujours délicate et la mayonnaise ne prend pas toujours. Il arrive que l’on aille jusqu’au dernier détail sans que celle-ci ait « basculé ». Image sans âme. Il faut être humble.
Étape 14
Je donne la dernière définition sur les vitrages…
Étape 15
…quelques couleurs sur les casaques…
Étape 16
…qui répondent aux drapeaux. La foule prend plus de force.
Étape 17
Une fois le dessin décroché de la planche et scanné, je reprends quelques contrastes à la palette graphique, ainsi qu’un petit halo magique de chez Photoshop pour conclure la mise en scène lumineuse voulue depuis le début.
Étape 18
C’est cette image que je transmets au client.