Les techniques artisanales

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L’illustration « à la main » demande un matériel assez simple.

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Support

Vu que je travaille avec une technique « à l’eau », le premier impératif est d’utiliser un support rigide et stable qui ne gondolera pas ou ne cloquera pas durant la réalisation du travail. Pour cela, il y a plusieurs solutions :

Travailler directement sur un carton contrecollé. Il en existe plusieurs sortes :

  • Le VINCI de chez STOULS, par exemple, est un lavis/bristol avec une face lavis très bien adaptée à la technique de l’aquarelle, ou du travail à l’encre, ce qui est mon cas. Son grain permet de grandes finesses tout en gardant une accroche agréable au passage du crayon. Il faut éviter le support bristol qui marque tout de suite et s’applique plus à la technique directe, au feutre par exemple, et ne laisse aucune place aux fondus et aux remords. Ce carton existe en format 65x50cm (raisin) ou 80x60cm. Le préférer en épaisseur de 3,5 ou 2,5mm au minimum, surtout si on travaille grand. Sinon, il peut se voiler pendant le travail, et se décrocher de la table. Sur ce support, je peux transférer une épure au trait en frottant l’envers d’une photocopie inversée avec un chiffon imbibé de trichloréthylène. Attention : bien se protéger le visage et les mains.
  • Le MI-TEINTES de chez CANSON, utilisé en encadrement, est recouvert d’une feuille de
  • couleur. Très intéressant pour certains travaux, il permet entre autres de travailler en lumières, pour des vues de nuit, par exemple. Son aspect un peu rugueux est très adapté pour le travail au crayon si on veut obtenir un grain marqué. La gouache ou l’encre acrylique font aussi merveille, utilisées assez liquides, grâce aux fibres qui absorbent l’eau comme un papier aquarelle et font ressortir les pigments. Attention, le grain du papier reste très présent, ce qui peut être un choix artistique, mais diminue la précision du rendu. Je le trouve en format 80x60cm ou 120x80cm. Inconvénient, il ne fait qu’1,5mm d’épaisseur et présente des risques de gondolement qu’il faut surveiller.

Je fixe le carton sur la table à dessin avec de l’adhésif crêpe type TESA en chassant l’air qui pourrait persister entre les deux. La fixation doit être solide pour éviter le gondolement dû aux humidifications successives du travail de peinture.

Tendre un papier directement sur la table à dessin.

J’utilise de préférence du papier de type CANSON assez fort, blanc ou de couleur, mais toujours à grain assez fin. En effet, avec des papiers à grain moins serré il y a un risque de « peluchage » lorsqu’on les mouille. Le papier « éléphant », qui offre entre autres des gris superbes, convient très bien aussi.

La surface de la table doit être absolument parfaite. La moindre aspérité sera sensible de l’autre côté du papier. Pour pallier ce souci, on peut aussi utiliser une planche de contreplaqué ou d’agglo marine que l’on fait découper sur mesure avec une marge intelligente de travail. Cette solution permet de laisser un travail en attente sans monopoliser la planche à dessin.

  • Je dépose le papier au centre de la surface de travail.
  • Avec une éponge j’humidifie le papier en travaillant en croix, d’abord perpendiculairement, puis avec les diagonales. Je finis en rayonnant pour combler les espaces secs.
  • Lorsque le papier s’est stabilisé, humide, je le lisse avec la paume de la main pour qu’il épouse parfaitement le plan de travail et chasser les bulles d’air.
  • Avec une agrafeuse, je fixe d’abord les centres des bords, puis les coins de la feuille, en veillant à tendre légèrement mais régulièrement le papier. Il ne faut pas trop tirer si on veut éviter qu’en séchant il se déchire au niveau des agrafes. Je complète l’agrafage en divisant à chaque fois les distances entre agrafes de moitié.
  • Pour accélérer le séchage, l’utilise un sèche-cheveux, en privilégiant les bords et les coins qui ont une moins grande latitude de déformation. Je finis vers le centre au fil du séchage du papier. Il est maintenant tendu comme une peau de tambour. Si la planche de support est trop fine, c’est elle qui va se déformer en une superbe coque… Inutilisable…

Maroufler un papier sur un contrecollé.

Cette technique a l’énorme avantage de pouvoir utiliser un fond déjà préparé sur l’ordinateur : un tirage ou un montage photo, une épure au trait, voire un pré rendu infographique. Inconvénient majeur : le papier support du tirage est rarement de qualité suffisante pour pouvoir peindre dessus sans problème. On est confronté à des problèmes de fatigue mécanique après quelques passages d’éponge, le pinceau marque très vite, le crayon patine, etc. Cependant, avec quelques astuces techniques et un peu d’expérience, on apprend à apprivoiser ce support capricieux qui permet tout de même de gagner des heures précieuses en temps de charrette.

Pour préparer mon support, j’utilise du GUDY, film adhésif double face en rouleau jusqu’à 60cm de

large. Il est présenté sur un film glacé non adhérent. Je le déroule, face adhésive en l’air, sur ma planche de préparation, sur la longueur voulue. Je bloque le bout du rouleau qui a tendance à se ré enrouler avec un règle et dépose délicatement le tirage sur un coin, puis progressivement sur toute la surface. Attention : pas le droit à l’erreur, si je laisse se former un pli, c’est irrécupérable ; il n’y a plus qu’à refaire un tirage et tout recommencer !

En fonction de la qualité du papier, je passe un jus de blanc acrylique à l’éponge pour boucher les pores d’un papier prévu pour du jet d’encre et éviter la marque trop rapide du pinceau, ou au contraire recréer une accroche sur des tirages laser parfois trop paraffinés pour permettre quelque travail que ce soit.

Matériel

Bien que j’utilise souvent plusieurs techniques mélangées, je réalise la plupart de mes images avec un matériel favori :

Les encres acryliques

J’utilise des Spectralite Dr.Ph.Martin’s, des encres pour aérographe. Bien qu’il existe plusieurs marques d’encres de très bonne qualité, j’ai choisi cette gamme qui propose une palette assez proche des références de celle de l’aquarelle qui a été ma première technique.

Ces encres sont soit transparentes, soit opaques. J’utilise surtout les transparentes qui me permettent de retrouver l’approche de l’aquarelle avec un grand « plus » : elles sont indélébiles et permettent des couches successives sans nuire au

travail de fond. Cette qualité permet une approche très lumineuse du travail des vitrages, mais aussi une reprise de la vivacité générale d’une image par des jus colorés. Il n’est pas rare que je me permette un grand coup d’éponge en milieu de réalisation pour faire basculer l’ambiance en douceur. Si j’ai besoin de couvrir en opacité une partie du dessin, je mélange ces encres avec du blanc acrylique. J’en ai un grand pot de 10 litres, d’une peinture acrylique pour plafond, bien moins cher qu’en tube et tout aussi efficace pour l’utilisation que j’en fais.

Les pinceaux et brosses

Pour les pinceaux, j’exige le meilleur : des Martre Kolinsky Raphaël. D’autres marques sont excellentes elles aussi. Je choisis mes pinceaux dans la gamme 8404 (Raphaël en propose deux autres). Le ventre plein permet une bonne absorption de la peinture, et la pointe fine une grande précision. Les N°2-4-6 permettent de faire à peu près tout le travail au pinceau. Il existe d’autres marques excellentes elles aussi. Même si leur prix est élevé, et que l’acrylique les use rapidement, c’est un investissement dont je ne pourrais me passer.

Je leur associe des brosses plates, Kaerell Raphaël, en poils synthétiques. Idéales pour l’acrylique, elles restent très souples et gardent leur bord droit et précis. Je les utilise beaucoup en première ébauche ou pour poser des jus sur des surfaces de toutes tailles. Ma gamme contient des N°8 - 10 - 12 - 14 - 20 et 24.

Une brosse éventail complète ma panoplie. Je l’utilise beaucoup pour la végétation, les effets d’herbes et certains matériaux.

L'éponge

Outil miracle et pas cher ! Elle me permet d’humidifier préalablement mon support, d’esquisser un ciel, de couvrir de grandes surfaces d’un fond dégradé. Outil tactile par excellence, elle impose souvent la présence à proximité immédiate du sèche-cheveux pour évacuer au plus vite l’eau qu’elle dépose avec abondance.

Les crayons de couleur

Plusieurs marques existent, toutes excellentes. J’ai choisi les Prispalo ou Supracolor de Caran d’Ache, des crayons aquarellables qui permettent une grande finesse dans les détails avec une gamme de couleurs très intéressante. Attention: leur mine très tendre possède un grand pouvoir couvrant, mais il faut absolument les fixer en cours de travail si l’on doit repasser le pinceau par-dessus. On peut aussi les utiliser mélangés avec le pinceau pour obtenir des petites touches de couleur.

J’ai souri la première fois que j’ai vu mon ami Antoine Buonomo les mouiller avec sa langue pour s’en servir comme d’un pinceau « one shot » pour des petits détails en finition. Il doit sourire de me voir faire le même geste…

Le fixatif

Indispensable lorsqu’on mélange le pinceau et le crayon. J’utilise du fixatif acrylique Lascaux en aérosol, qui permet, utilisé en couches fines, de conserver toute la transparence désirée et de reprendre par-dessus au pinceau comme au crayon. Je repasse à la fin une couche plus franche pour protéger durablement l’original.

Les autres outils

Le porte-mine 0,5mm

Chargé avec des mines bleues, je l’utilise pour la construction sur calque de mes épures en perspective et pour les traits fins sur les images, particulièrement sur les vitrages ou la couleur de la mine passe très bien.

Les posca

Ce sont des feutres gouache de couleurs vives. Très couvrants, ils permettent des retouches opaques et vives. Je les utilise en fin de travail, pour redonner de la vigueur au dessin. Ils existent en plusieurs pointes. J’utilise les pointes fines que je retaille même parfois avec un cutter.

Les instruments de dessin techniques

Pour bâtir mes épures, j’utilise toujours les instruments traditionnels, en plexiglas transparent.

  • Le té
  • Les équerres, 45°, 60° et réglable
  • Les règles, 30cm, 60cm et 1m
  • Les trace cercles et trace ellipses
  • Les pistolets ou perroquets : ce sont des gabarits transparents de différentes formes et longueur qui permettent de tracer les courbes
  • Le compas à balustre sur lequel je peux fixer mon porte-mine
  • Les épingles de signalisation. Je les plante sur la table à dessin pour figurer les points de fuite et y caler la règle. Il arrive qu’il y ait une dizaine de petits trous sur la ligne d’horizon du dessin

Le calque esquisse

De faible grammage, je l’achète en rouleau et l’utilise pour mes épures géométriques. Très pratique. On peut y glisser des plans, façades ou autres documents par-dessous au moment de la mise en perspective. Je m’en sers aussi pour la recherche de mise en scène et de premiers plans vers la fin de la réalisation. Il n’y a pas de « Ctrl + Z » lorsqu’on travaille à la main ! Il est donc plus prudent d’essayer sur le calque avant de passer sur l’original.

Le papier toilette…

Outil incontournable ! J’en ai toujours au moins un rouleau à portée de main pour essuyer une couleur qui fuse, un empâtement trop épais, frotter un jus pour lui donner du grain, etc. Je l’utilise aussi comme une gomme pour ouvrir des blancs dans le ciel et créer des nuages.

Le sèche-cheveux

L’ami des charrettes ! Avec lui, je peux accélérer le temps de séchage de manière très significative. Lors du démarrage de l’image, j’humidifie beaucoup le support. Il est donc impératif de pouvoir sécher systématiquement pour éviter le gondolement ou fixer un effet aquarellé. S’il s’agit d’un papier marouflé, c’est encore plus important. En effet, malgré la qualité du collage, le papier peut cloquer, faire de toutes petites bulles. Si elles ne sont pas séchées immédiatement, la marque plus appuyée des pigments à cet endroit là sera irrécupérable.

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